Et si François Hollande relançait «la consommation populaire» ?
FIGAROVOX/ANALYSE - La
direction du PS pousse le gouvernement à restreindre les aides aux entreprises
pour abaisser les impôts et la CSG des ménages les plus modestes. Une vaste
opération de redistribution des revenus dans la perspective de l'élection
présidentielle de mai 2017.
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L'année 2015 sera économiquement parlant bien meilleure
que les trois précédentes en France, puisque la croissance devrait s'établir à
1,2%, (contre un peu moins de 0,4% l'an en moyenne de 2012 à 2014). Et comme
chacun sait le mérite en reviendra quasi exclusivement à trois éléments
extérieurs, la chute du pétrole, la baisse de l'euro et celle des taux
d'intérêts. Ce que François Hollande lui-même a appelé avec bonheur
«l'alignement des trois planètes».
Or il semblerait qu'un quatrième astre se pointe à l'horizon:
le parti socialise souhaite ajouter son grain de sel sous la forme d' «une
relance de la consommation populaire». Certes ce ne sont pas les termes
utilisés lundi 27 juillet par la direction du PS lors de sa dernière réunion de
la saison: la formule qui remonte à mai 1981 peut paraître vieillie sinon
ringarde. Mais sur le fond il s'agit bien de cela et de rien d'autre.
Il convient de «continuer à baisser les impôts» de façon
«à bonifier la croissance» (sic), a ainsi expliqué Jean-Christophe Cambadelis,
le premier secrétaire du PS. Cette baisse d'impôts directs, qui a déjà été
effectivement amorcée cette année pour 9 millions de foyers fiscaux -en faveur
des ménages qui en paient le moins voire plus du tout - viserait à nouveau le
même public. Selon le rapport de la direction du PS, qui a été adopté
pratiquement à l'unanimité, y compris par les «frondeurs», la baisse de la
fiscalité prendrait la forme d'une réduction dégressive de la CSG. Cet
allègement irait de 100 à 800 euros annuellement pour les salaires inférieurs à
deux fois le Smic.
La charge pour l'Etat serait de 4 milliards d'euros en
2016 et à nouveau de 4 milliards en 2017. Quant au «financement» de ces
allègements de CSG, les 8 milliards en questions seraient prélevés à la fois
sur le CICE, le Crédit d'impôt compétitivité emploi, des entreprises et sur
leur CIR, le Crédit d'impôt recherche. Le PS recommande par ailleurs une fusion
des deux mécanismes, le CICE et le CIR.
Sans entrer dans les détails techniques, et sous réserve
des problèmes juridiques (la notion de CSG dégressive a déjà été déjà retoquée
par le Conseil constitutionnel), la manœuvre est claire: il s'agit d'infléchir
la politique économique. Pour une fois d'accord, le PS souhaite qu'elle soit
moins favorable aux entreprises et plus généreuse avec les ménages, les moins
aisés s'entend. Ou pour reprendre des termes
techniques connus de tous au point d'être prononcés dans les journaux télévisés
de 20 heures, il convient de mettre le frein sur la politique de l'offre et
muscler au contraire la politique de la demande. Le CICE est censé en effet
renforcer les entreprises, alléger les coûts salariaux, faciliter les créations
d'emplois, et telle est sa logique qui implique une certaine patience.
Désormais le PS souhaite redorer directement et vite le pouvoir d'achat des
salariés les plus modestes. Vive la relance de la consommation populaire… comme
en 1981.
Ces recommandations vont à l'évidence à l'encontre de
toutes les analyses des organisations internationales, du FMI à l'OCDE et de la
BCE, entre autres, lesquelles mettent l'accent sur les insuffisances de
compétitivité notoires du «made in France». Mais après tout, même là les
certitudes ne sont-elles pas en train de vaciller après le feuilleton Grec qui
a fait avaler des couleuvres aux plus orthodoxes? La Commission européenne a
dans son collimateur les déficits publics de la France, qui en est à son
troisième report d'échéance pour le respect de la norme des 3% de PIB (maximum
autorisé). Mais Bruxelles ne va-t-elle pas
devoir ravaler sa superbe à l'égard de Paris vu ce qui se passe à Athènes?
Tsipras semble manifestement avoir donné des idées et de l'audace à Cambadelis.
Sur le fond on comprend assez bien l'analyse du PS:
l'économie française, même avec une croissance de 1,2%, reste bien trop faible
pour qu'émerge un cercle vertueux de redémarrage de l'investissement, de
créations d'emplois, d'augmentations salariales, et in fine de relance de la
consommation. La confiance nécessaire n'est toujours pas au rendez-vous. La
croissance de 1,2% attendue en 2015 s'explique uniquement pas ces trois
bienfaits tombés du ciel qu'ont été les reculs simultanés du pétrole, de l'euro
et des taux d'intérêts. Sans cela l'expansion constatée au Ier trimestre 2015
par rapport au Ier trimestre 2014 n'aurait pas été de 0,8% mais de zéro en
France, a calculé Patrick Artus , le chef économiste de la banque Natixis.
Par ailleurs, la très
faible inflation ne permet plus de jouer sur le SMIC , instrument traditionnel
des gouvernements pour ne pas désespérer Billancourt. On se rappelle que la dernière augmentation du salaire
minimum a été de 8 centimes de l'heure au Ier janvier 2015, soit moins de 3
euros par semaine. Une misère. Or la prochaine revalorisation de janvier 2016
ne s'annonce pas meilleure.
Dans ces conditions, et c'est le diagnostic du PS qui
chante aujourd'hui à l'unisson avec ses frondeurs, il n'y aurait d'autre issue
que de redistribuer un peu plus les richesses, déshabiller Pierre pour habiller
Jacques. Car c'est ainsi que s'analysent les baisses d'impôts et de CSG
promises aux salariés gagnant moins de deux fois le Smic: tous les autres
contribuables en seront pour leur poche. Et pour eux les baisses d'impôts
resteront un mirage, et le quinquennat 2012-2017 un cauchemar fiscal.
Quand les uns parlent
de «justice fiscale», les autres y verront un nouvel épisode du «massacre des
classes moyennes». Tels sont en tout cas les termes du débat
économico-politico-fiscal qui va marquer la rentrée de septembre et la
préparation du budget 2016. Ce sera le
dernier qui sera voté et exécuté par le gouvernement et le Parlement actuels.
L'ultime rendez-vous avec les contribuables-électeurs avant la présidentielle
de mai 2017.
Jean-Pierre Robin est journaliste économique au Figaro.

5 comentários:
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