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segunda-feira, 28 de agosto de 2017

Oeufs contaminés : le point après quatre semaines de scandale

in "Le Figaro" 
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FOCUS - L'affaire des œufs au fipronil concerne désormais une vingtaine de pays. Les risques pour la santé sont faibles, mais les gouvernements ont pris des mesures de précautions. Faisons le point.

Voilà un peu moins d'un mois éclatait l'affaire des œufs contaminés. Le 4 août, la chaîne de supermarchés Aldi retirait brusquement ses œufs de la vente en Allemagne. Cette décision du discounter faisait suite à la découverte, dans certains œufs en provenance des Pays-Bas, d'un taux trop élevé de fipronil, un insecticide utilisé entre autres contre les puces, les tiques ou les poux. Comment cette substance s'est-elle retrouvée dans les oeufs? Quatre semaines plus tard, où en est-on dans l'enquête? Quels pays sont impactés? Y a-t-il des dangers pour la santé? Qu'est-ce que l'amitraze, cette nouvelle substance suspecte? Faisons le point. 

• D'où vient la contamination?
La contamination des œufs provient d'un désinfectant, commercialisé par la société néerlandaise ChickFriend, sous l'appellation Dega 16, et fabriqué par la société belge Poultry-Vision. Ce produit, utilisé pour nettoyer les poulaillers et censé ne contenir que du menthol, de l'eucalyptus et des huiles essentielles, était particulièrement apprécié par les éleveurs pour son efficacité à éradiquer le pou rouge, un acarien qui s'attaque aux poules pondeuses et nuit à la qualité de leurs œufs. Il a été utilisé pendant plusieurs années par des sociétés de désinfection intervenant principalement dans des exploitations agricoles aux Pays-Bas et en Belgique. Or, le Dega 16 contenait une substance illicite: le fipronil, un insecticide utilisé dans les traitements antiparasitaires des animaux domestiques, mais interdit par l'Union européenne dans le traitement du bétail ou des animaux produisant des denrées alimentaires. 

• Est-ce dangereux pour la santé?
Les risques pour la santé du consommateur sont a priori limités. Le fipronil est considéré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme «modérément toxique» pour l'homme. Les poules contaminées le restent pendant six à huit semaines. Pour l'homme, il est dangereux pour les reins, le foie et la thyroïde s'il est absorbé en grande quantité. Les faibles concentrations mesurées dans les œufs contaminés rendent le risque d'empoisonnement très faible. De plus la transformation industrielle en ovoproduit (dérivé de l'œuf) réduit encore ces risques. «Il n'y a pas de risque de s'empoisonner en mangeant une brioche qui en contiendrait des traces», d'après Fany Molin, sous-directrice du dispositif de la Sécurité sanitaire des aliments, interrogée par Le Parisien.
 
• Quels pays sont touchés par l'affaire?
Dimanche 27 août, la crise sanitaire touchait au moins dix-sept pays, dont quinze de l'Union européenne ainsi que la Suisse et Hong Kong. En Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France dans le Pas-de-Calais, des exploitations identifiées comme ayant eu recours au produit incriminé ont été bloquées. La Suède, le Royaume-Uni, l'Autriche, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, le Danemark et la Suisse ont pour leur part reçu des lots issus des fermes concernées. Hong Kong a indiqué avoir trouvé des œufs néerlandais contaminés. 

• Quelles mesures ont été prises?
Lorsque le scandale a éclaté début août, les supermarchés allemands, néerlandais et belges, concernés par des lots contaminés, ont aussitôt vidé leurs rayons de plusieurs millions d'œufs. Les autorités sanitaires nationales ont parallèlement imposé aux producteurs de faire détruire les œufs contaminés par une entreprise spécialisée et ont bloqué toutes les ventes des fournisseurs potentiellement touchés. Des ovoproduits, produits transformés ayant comme ingrédient des œufs suspects, ont également été retirés de la vente. En France, le ministère de l'Agriculture a ainsi fait enlever des rayons une trentaine de produits réalisés à partir de ces œufs. Il s'agit, entre autres, de gaufres, de pommes dauphine, de brownies et de muffins, tous fabriqués en Belgique et aux Pays-Bas. Des pâtes fabriquées en France et contenant du fipronil ont également été retirées. Ces produits affichent une concentration de fipronil supérieure à la limite réglementaire mais ne «représentent pas de risque pour la santé», selon le ministère qui publie la liste de ces produits, régulièrement actualisée.

• Qui est responsable?
Difficile à établir. Il faudra d'ailleurs probablement encore des semaines, voir des mois pour y voir plus clair. Pour l'heure, l'enquête ouverte aux Pays-Bas a abouti à l'arrestation des deux dirigeants de la société ChickFriend, qui commercialisait le désinfectant incriminé. Ils ont été placés en détention pour avoir «mis en danger la santé publique». En Belgique, la justice tente d'éclaircir quel a été le rôle du dirigeant de Poultry-Vision, qui fournissait la société néerlandaise ChickFriend. Près de 6000 litres de fipronil ont été découverts lors de perquisitions dans les locaux de cette société belge. Cette société aurait fait elle-même le mélange, à partir de fipronil acquis en Roumanie… L'avocat de Poultry-Vision a rejeté toute responsabilité, en affirmant avoir «correctement informé les acheteurs».

 AU MOINS 17 PAYS TOUCHÉS PAR LE SCANDALE DES ŒUFS CONTAMINÉS


• Pourquoi l'affaire n'a pas éclaté plus tôt?
L'Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a reconnu avoir eu connaissance dès le mois de juin d'un «problème de fipronil dans le secteur avicole», mais elle n'en a informé les pays voisins, par un système d'alerte européen, que le 20 juillet. En Belgique, des retraits préventifs auraient d'ailleurs été organisés dans certains supermarchés dès la semaine du 17 juillet, alors qu'un juge d'Anvers enquêtait déjà sur «une possible fraude». L'ampleur de la crise n'est apparue au grand jour que début août aux Pays-Bas, où une centaine d'élevages ont été bloqués et des rappels massifs d'oeufs ordonnés. Dans la foulée, l'Allemagne a rappelé et détruit des millions d'oeufs fournis par les Pays-Bas. Le scandale aurait pu éclater encore plus tôt. Un ancien associé du dirigeant de l'entreprise de produits sanitaires belge Poultry-Vision, Nick Hermsen, aurait alerté, anonymement, les autorités néerlandaises d'une fraude dès novembre 2016. La Belgique accuse aujourd'hui les Pays-Bas d'avoir traité avec légèreté cette information.

• Qu'est-ce que l'amitraze?
Après le fipronil, des traces d'un deuxième insecticide interdit dans les élevages de volailles, l'amitraze, sont aujourd'hui recherchées dans les œufs français. Contrairement au fipronil, dont l'usage est interdit dans les productions animales, l'amitraze est autorisé comme médicament vétérinaire pour le traitement antiparasitaire des ruminants, porcs et abeilles, rappelle le ministère. En revanche, «il n'a pas d'autorisation de mise sur le marché pour la filière volailles, que ce soit en traitement sur les animaux ou pour la désinfection des bâtiments d'élevage vides, car aucun dossier de demande n'a été déposé auprès de la Commission européenne» précise le ministère français de l'Agriculture, qui recherche des traces de cette substance dans des oeufs suspects. «Quelques élevages» français de poules pondeuses pourraient être contaminés. Cet insecticide «modérément toxique» avait été utilisé par Chickfriend, le prestataire de services incriminé dans l'affaire du fipronil. Cette molécule «est interdite parce qu'elle n'est pas autorisée, elle n'est pas interdite parce qu'elle est dangereuse», a insisté Loïc Evain, directeur général adjoint de l'Alimentation, lors d'un point-presse au ministère de l'Agriculture, vendredi à Paris. Une réunion de concertation avec l'ensemble de la filière avicole» et également les vétérinaires, doit se tenir mercredi.
(Avec agences)

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