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sexta-feira, 8 de setembro de 2017

Pourquoi hommes et femmes ne sont pas égaux face aux AVC

Par  Cécile Thibert
"Le Figaro"
Publié
Les femmes sont davantage victimes d’accident vasculaire cérébral que les hommes. Pourtant, elles sont peu prises en compte par la recherche scientifique.
Sur les 56 millions de décès survenus dans le monde en 2015, plus de 6 millions étaient dus à des accidents vasculaires cérébraux (AVC), faisant de ceux-ci la seconde cause de mortalité sur la planète. Et les AVC ne frappent pas «à l’aveugle»: les maladies vasculaires, souvent considérées comme un problème «masculin», sont la première cause de décès chez les femmes. Ces dernières conservent également des séquelles plus importantes que les hommes. Mais seuls de rares scientifiques se sont intéressés à la question.
C’est le cas du Pr Charlotte Cordonnier (Inserm, CHU de Lille) qui, entourée d’une équipe exclusivement féminine de médecins et de chercheurs européens, a fait la synthèse des données disponibles. Les résultats de ce travail ont été publiés cet été dans la revue Nature reviews neurology. «À l’hôpital, nous prenons en charge de nombreuses femmes pour des AVC. Or nous nous sommes aperçues qu’il existait très peu de données les concernant, explique-t-elle au Figaro. Les traitements sont souvent testés sur des hommes plus jeunes».

Hormones, pilule et grossesse

Pourtant, les femmes sont bien les premières concernées. «Aujourd’hui, il y a plus d’AVC chez les femmes, notamment parce qu’elles vivent plus longtemps, souligne le Pr Cordonnier. Mais leur physiologie les rend plus sensibles, notamment à cause de certaines hormones absentes chez l’homme, connues pour influencer la coagulation du sang et la capacité de développement des vaisseaux sanguins. Elles sont également sujettes à des facteurs de risques tels que l’hypertension et la fibrillation auriculaire, qui surviennent plus fréquemment et plus sévèrement que chez les hommes».
La grossesse et la ménopause sont également des événements qui marquent durablement le profil vasculaire des femmes. «Il a été montré que la survenue d’une hypertension au cours de la grossesse affectait le risque de faire un AVC de nombreuses années plus tard», rapporte le Pr Cordonnier. La chercheuse cite également les contraceptions à œstrogènes, «connues pour augmenter légèrement le risque de faire un AVC».
Pourtant, il apparaît que les femmes sont peu informées de ces risques et qu’elles restent très peu représentées dans les essais cliniques. «Elles connaissent bien les symptômes mais ne se considèrent pas «à risque» et n’appellent pas les secours tout de suite si des signes apparaissent. Le diagnostic est posé plus tardivement que chez les hommes, ce qui peut aboutir à une moindre efficacité du traitement», déplore l’auteur principal de l’étude, qui pointe l’existence de facteurs socioculturels qui pèseraient dans la balance.

«Prendre en compte ces différences physiologiques»

Un constat d’autant plus navrant qu’il est aujourd’hui possible de sortir indemne d’un AVC. «Lorsque l’AVC est de type ischémique*, comme cela arrive dans 80% des cas, il existe un médicament qui, s’il est administré dans les 4h30 suivant l’événement, peut permettre une guérison sans séquelle», explique Charlotte Cordonnier.
«Il est urgent pour les scientifiques et les professionnels de santé de prendre en compte ces différences physiologiques, d’adapter le message d’information aux femmes et d’inciter les industries pharmaceutiques à inclure plus de femmes dans leurs essais cliniques», conclut la scientifique. Pour exemple, les derniers essais cliniques visant à évaluer l'effet des nouveaux anticoagulants oraux (NACOs) comprenaient moins de 40% de femmes. En 2016, le Parlement Européen avait déjà souligné la nécessité d’inclure plus de femmes dans les essais pharmaceutiques.
*Il existe deux types d’AVC. Soit il s’agit d’un accident vasculaire cérébral ischémique, également appelé infarctus cérébral, consécutif à la formation d’un caillot dans une artère. Cela représente 80% des AVC. Soit il s’agit d’un accident vasculaire cérébral hémorragique, dû à un épanchement de sang dans le tissu cérébral. Celui-ci est généralement causé par l’hypertension artérielle.

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