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sexta-feira, 29 de dezembro de 2017

Obésité: la prise d’antibiotiques dans la petite enfance mise en cause

Par  Cécile Thibert
Mis à jour

L’obésité et le surpoids sont plus fréquents chez les enfants ayant pris plusieurs traitements antibiotiques au cours de leurs deux premières années de vie.

Les antibiotiques sont des médicaments comme les autres. À ce titre, ils peuvent, comme tout médicament, entraîner des effets indésirables, transitoires et bénins pour la plupart (allergies, troubles digestifs). Ces dernières années, de nombreuses études suspectent cependant l’existence d’un autre effet indésirable: le risque d’obésité. Des cures d’antibiotiques avant l’âge de deux ans pourraient en effet favoriser la prise de poids. 

En juillet 2017, une équipe de scientifiques chinois a passé en revue 15 d’études incluant près de 450.000 participants et explorant le lien entre antibiotiques et risque d’obésité. Bien que la méthodologie employée varie d’une étude à l’autre, les résultats sont sans appel: la prise d’antibiotiques avant l’âge de deux ans augmente significativement le risque de surpoids et d’obésité infantile. Par ailleurs, plusieurs études semblent indiquer que ce risque pourrait augmenter avec le nombre de traitements antibiotiques. Selon les études, ce risque pourrait être aggravé de 10 à 50%.

Le microbiote pris pour cible

À première vue, le lien entre la prise d’antibiotiques et la survenue de l’obésité est loin d’être intuitif. Pourtant, il existe bien un dénominateur commun: le microbiote intestinal. Autrefois appelé «flore intestinale», il désigne les 100.000 milliards de bactéries qui ont élu domicile dans nos intestins. En contrepartie de la chaleur et de la nourriture que nous leur offrons, ces bactéries réalisent des tâches indispensables pour notre compte, telles que la maturation de notre système immunitaire et la digestion de certains nutriments.

De nombreux facteurs sont susceptibles de modifier la composition du microbiote intestinal, tels que le mode de naissance (césarienne ou voie basse), l’allaitement, l’alimentation, la survenue d’une maladie infectieuse ou encore... les antibiotiques! Car ceux-ci, en luttant contre les bactéries pathogènes qui nous assaillent, altèrent également notre précieux microbiote intestinal. Or avant l’âge de deux ans, celui-ci est en pleine construction, donc potentiellement très sensible.

Une prescription au cas par cas

En 2013, deux études publiées dans la revue Nature ont révélé que les personnes obèses présentent une forte perturbation de la diversité et de la richesse bactériennes dans leurs intestins. Un peu plus tôt, en 2006, une étude également publiée dans la revue Nature a montré que le transfert du microbiote de souris obèses chez des souris en bonne santé induit une obésité chez ces dernières. Difficile toutefois de savoir si l’appauvrissement du microbiote intestinal est une cause ou une conséquence de l’obésité chez l’être humain. Une chose est sûre, certaines espèces bactériennes jouent très probablement un rôle dans la prise de poids et les processus d’inflammation associés. 

Dans son numéro de décembre 2017, la revue médicale Prescrire, qui consacre un article à ce sujet, appelle les médecins à la prudence: «Dans le doute, ces éléments constituent un argument de plus pour envisager attentivement et au cas par cas la balance bénéfices-risques de la prescription d’antibiotique chez un enfant, sans banalisation ni automatisme».